Une économie informelle aux impacts considérables
Ces voitures banalisées appelées clandos n'ont pas de licence pour la plus part pour transporter des personnes. Tous les modèles de véhicules peuvent être clando. Ils convoient généralement quatre passagers (un devant à côté du chauffeur et trois derrière) mais vous pouvez également vous faire transporter seul après un marchandage. Ils sont présents dans toutes les grandes villes sénégalaises et ont parfois le monopole des transports dans les zones rurales. A Mbao, une véritable économie locale est animée par ces voitures qui cohabitent avec de nombreux autres acteurs économiques. Cependant, les tares de cette économie locale ne manquent pas et parfois au grand dam des usagers. Votre Journal vous propose une enquête sur la vie du garage de clandos à Mbao en mettant l’accent sur les impacts socio-économiques.
« Une gestion à améliorer et un site à mieux aménager »d’après les usagers
Les usagers enquêtés jugent que dans l’ensemble la gestion est bonne .Cependant, d’après Mr Omar B. Dieng, professeur d’Histo-Géo au lycée de MBAO, l’organisation peut être améliorée. D’après lui, les prix sont raisonnables. Cet avis est partagé par un autre usager demeurant a la cité SIPRES 5 M. Coly. Mais il a lancé un appel aux autorités pour la réfection du tronçon Cité Ndéye Marie-SIPRES.
Une autre personne qui habite à Grand MBAO déplore le manque d’organisation au niveau du garage. Il a préféré garder l’anonymat mais soutient que parfois il y a de l’indiscipline notoire. En effet, il arrive qu’il attende 5 à 10 minutes avant de trouver un clando et d’attendre ensuite le chauffeur qui n’est même pas au courant que c’est a son tour de partir. Mme Seck déplore lui le manque de sécurité et de confort de certains clandos et la hausse anormale des tarifs. Pour Mlle Ndoye, les problèmes en période d’hivernage sont nombreux. La Mairie et les chauffeurs doivent travailler de concert pour régler le problème d’inondation. Elle juge qu’a défaut de cela, les chauffeurs pour ne pas gâter leurs voitures, sont obligés de les garer ailleurs. Mme Massaly déplore l’accueil au niveau du garage. Elle estime que c’est regrettable dans la mesure où c’est grâce aux clients que les chauffeurs gagnent leur vie. Elle ajoute que le croisement de Keur Massar est plus long que celui de MBAO alors qu’ils ont le même tarif. Elle insiste ainsi pour une révision à la baisse des prix.
« Le garage est bien organisé malgré le soutien inexistant des autorités municipales » soutiennent les chauffeurs.
Pour leur part, les chauffeurs affirment que le garage est bien organisé avec la mise sur pied d’un GIE. Une cotisation de 500 FCFA par jour et par voiture sert à payer les rabatteurs et le reste est versé dans une caisse. Cette dernière a permis l’électrification du garage, l’ensablement du site pendant la saison des pluies, l’adduction en eau et la construction d’une petite mosquée. D’après Amath Bousso, la commission gère bien le fonctionnement du garage et ils sont satisfaits de leur travail.
Le garage compte environ 50 à 60 véhicules en fonction des périodes. Ils appartiennent aux chauffeurs ou à des patrons. Le versement journalier tourne autour de 6.000 à 7.000 F CFA. Pour ce qu’est de la lenteur à trouver le véhicule qui doit partir, les chauffeurs jettent la responsabilité aux rabatteurs. Ils disent que ces derniers sont payés et doivent effectuer normalement leur travail. En effet ces jeunes, frères ou amis des chauffeurs, ont été initié a la conduite et ont fini par avoir leur permis de conduire.
L’un des chauffeurs ajoute que les voitures sont dans un bon état même s’ils reconnaissent aussi que certaines méritent d’être réparées par leur propriétaire. Quant aux prix, les chauffeurs sont unanimes : « Les tarifs sont très adorables par rapport au trajet et aux nombreuses hausses de l’essence ».Par ailleurs, ils lancent un appel aux autorités pour la réfection des routes. En effet, en période d’hivernage, ils rencontrent des difficultés pour aller à la Cité Ndéye Marie et la Cité SIPRES d’où la destruction de leur véhicule.
Des acteurs économiques qui dépendent largement du bon fonctionnement du garage.
Le vendeur de journal Ousmane Ba affirme que le garage fonctionne bien même s’il n’habite pas dans la zone. D’après lui le développement du garage aura des impacts positifs sur son activité. Ainsi il s’entend bien avec les chauffeurs qui lui amènent souvent ou achètent ses journaux. Du point de vu rentabilité, il déclare que son petit commerce se porte bien même s’il na pas voulu dire réellement ce qu’il gagne par jour.
Vu les travaux de l’autoroute à péage, beaucoup de commerçants qui sont au niveau de la route risquent d’être déguerpis. C’est pour cette raison qu’il n’a pas voulu construire en dur. Toujours sur cette lancée, une vendeuse de fruits et d’arachides déplore le déguerpissement de son kiosque qui lui a couté une fortune. Cependant, elle affirme que le fonctionnement du garage fait son affaire.
Le vendeur de « Tangana » lui souhaite un bon aménagement du site car les inondations lui portent souvent des préjudices. Il ajoute aussi que la taxe mensuelle de 4.000 F CFA est très élevée.
Le vulgarisateur a coté lui soutient que son activité se déroule bien même s’il y a quelques problèmes cruciaux à résoudre. Il déclare que le garage n’a pas de toilettes malgré les nombreuses sollicitations faites à la Mairie. Un des laveurs de voitures rencontrés a mis l’accent sur le problème de disponibilité de l’eau. « Il arrive souvent qu’on nous chasse au niveau de la Mairie quand on y va pour chercher de l’eau qui coute chère dans le garage », dit-il. Leur revenu qui tourne autour de 500 FCFA par jour est très maigre d’où des difficultés pour trouver de quoi manger le soir. Ces laveurs, ont un parent ou un ami qui a une voiture qu’il aide tous les jours (dépannage, lavage, course dans le village…).
« Il y a une bonne organisation du garage mais les problèmes ne manquent pas » soutient M. LOUM (Chef de garage).
Il a d’abord présenté la commission qui datte d’un an. Au début, il y avait un bureau mais il été décrié par les acteurs d’où la mise sur pied de la commission. Comme il l’a si bien dit « la sagesse a prévalu » pour calmer les esprits qui commençaient à se chauffer. C’est ainsi qu’il a été jugé nécessaire de faire appel a la gendarmerie afin de jouer aux sapeurs pompiers. Ainsi la commission gère le fonctionnement du garage qui compte environ. Il y a versement de 500 F Cfa par jour et par chauffeur pour alimenter une caisse ouverte dans une structure de micro finance de la place. Ils ont établi deux lignes à savoir une qui va à Mbao pour 100 F Cfa (avec une route praticable) L’autre (Cité Ndéye Marie- SIPRES) avec une route plus longue est peu praticable est elle taxée à 125 F Cfa.
Le Chef de garageM. Loum affirme que tous les chauffeurs n’ont pas de voitures et ils jouent parfois le rôle de « rabatteurs » en guidant les usagers vers les lignes. Leurs rémunérations tournent autour de 2.000 F CFA par jour. Chaque année, les recettes de la caisse sont partagées entre les différents acteurs du garage (chauffeurs, rabatteurs, apprentis).
Pour ce qui est des problèmes d’inondations, M. Loum constate que les constructions dans les zones d’extension de la Commune sont à l’origine de la stagnation des eaux dans le garage. A cet effet, ils ont interpelé les autorités locales qui « n’ont rien fait jusqu'à présent ». Le garage finance ses propres projets comme l’électrification, l’adduction d’eaux, la construction d’une mosquée etc. D’après le chef de garage « des taxes (droits de stationnement) sont prélevées par la Mairie de Pikine et sont destinées à l’aménagement du site ».
Pour ce qui est de l’organisation interne M. Loum signale que les rabatteurs sont toujours rappelés à l’ordre. En effet ce sont les apprentis qui ne prennent pas parfois le travail au sérieux d’où une anarchie dont les clients font les frais. M. Loum revient sur la nécessité de bien aménagé ce site dans la mesure où « le garage est la porte de MBAO ». Il cite l’exemple de Rufisque qui dispose d’équipements tels que les toilettes, les cantines etc. Face à ces nombreuses difficultés que connait le garage, un bureau sera bientôt mise en place et de nouvelles activités génératrices de revenus seront initiées. Pour ce qui est de la sécurité, il assure les clients que les chauffeurs sont conscients de ce problème. Sous ce rapport, des sanctions sont prévues pour les apprentis, les rabatteurs qui se conduisent mal.
Pour l’obscurité après le garage que certains usagers ont constaté - allant même jusqu’à accuser les chauffeurs - Loum insiste et persiste que c’est un problème de survie pour aussi bien pour les acteurs du garage que pour les usagers. Mais M. Loumdéclare que cela n’émane pas de leur responsabilité même si le GIE a pu électrifier le site du garage. Quant aux prix, il affirme qu’ils ont l’une des tarifications les plus basses et leurs prix dépendent de la hausse ou non du gasoil. Ils envisagent même d’augmenter les tarifs à cause de la récente augmentation de celui du carburant et du mauvais état des pistes. En effet, la réfection de ces dernières est une vielle promesse de la Mairie. Mais malheureusement, on constate que le chantier installé à la Cité Ndéye Marie, fabrique des pavés qui sont exportés ailleurs au lieu d’être utilisés pour la réfection des tronçons.
Enfin,M. Loum lance un appel aux autorités pour rendre le garage accueillant et sécurisant. La cohabitation avec les autres acteurs économiques se passe très bien et chacun y trouve son compte. Le garage est présentement dans le domaine Pie 12. A cet effet, la Communauté Catholique a implanté une croix blanche pour marquer son territoire. M. Loum ajoute qu’il arrive même que le gardien de la paroisse leur interdise d’occuper les alentours du site. Il pose ainsi la question du vrai propriétaire de cet espace.
« La communauté catholique n’entend pas céder son titre foncier acquis en bonne et due forme malgré les nombreuses agressions du garage » affirment Mme Ndène et M. Badji, responsables de la liturgie du PI 12.
Mme Ndène déplore « le tapage épouvantable au moment de la messe et l’utilisation abusive de leurs toilettes par les gens du garage » .D’après elle, le garage baigne dans le secteur informel qui se caractérise par le désordre occupation illégale de l’espace. Cette situation met mal à l’aise la communauté catholique de Mbao d’autant plus qu’une partie de leur lieu de culte est utilisée comme toilette et comme dépôt de toute sorte. D’après elle, les gens du garage utilisent abusivement le site et risquent d’en faire un titre foncier alors que c’est le domaine de l’église .Pour le moment, elle affirme « qu’ils préfèrent garder le silence mais lorsque le besoin se fera sentir, ils reprendront leur territoire ». D’après ses propos « les catholiques sont trop passifs mais risquent de se froisser avec les acteurs du garage voire les autorités municipales » pour défendre leurs intérêts. Cependant, notre interlocutrice dit ne pas connaitre ce que la Mairie a conclu avec les chauffeurs.
M. Badji aborde dans le même sens en précisant qu’ils attendent la décision de leur hiérarchie pour réagir face à la menace que constitue le garage .A cet effet il incrimine directement la Mairie et juge que la réaction ne va pas tarder. Tous les deux soutiennent que le site a été acquis légalement depuis 1955 par leurs prédécesseurs. A l’époque, l’église était dans la Zone franche industrielle (ZFI) et suite a une demande de l’Etat, la communauté catholique a cédé le titre foncier. Mais le terrain est resté inutilisé depuis lors par l’Etat et la ZFI ne demeure pas d’actualité de nos jours. Tout cela fait que le site revient de droit à la communauté catholique qui a ainsi occupée les lieux pour la formation des catholiques et pour des activités de scoutisme entre autres.
Récemment et à leur grande surprise, ils ont été au courant qu’un promoteur a acheté le terrain abritant le site Pie 12 malgré la présence l’occupation des bâtiments par des catholiques qui exercent le catéchisme. La lutte engagée a abouti à une promesse du chef de l’Etat de rendre le terrain avec le titre foncier. Actuellement l’ancien mur qui est toujours là, est en train d’être réhabilité. Pour ce qui est d’une solution définitive, Mme Ndène ne l’exclut pas en disant que « l’église est dans ses droits et que les concessions seront du ressort des autorités catholiques ». Mais elle semble être pessimiste car elle nous annonce au passage qu’une banque a prévu d’acheter le site qui abrite le garage. Elle doute ainsi de la bonne cohabitation entre le garage et la banque.
« Un plan d’aménagement avec des cantines est à l’étude pour une modernisation du garage » soutient Mr Pape Mactar Gueye, Conseil Municipal à la Mairie de Mbao, Président de la Commission Infrastructure, Economie, Emploi, Développement
M. Gueye pense que le transport à Mbao se porte bien avec les clandos qui assurent la desserte .Mais il a constaté que l’état du garage peut être amélioré et la sécurité par rapport à la route National renforcée. Afin de réduire les accidents comme celui d’il y a 2 ans, sa commission réfléchit sur l’aménagement et l’installation des cantines sur le site .D’après lui, cela rendra le site beaucoup plus accueillant pour l’intérêt de tous. A cet effet, un promoteur leur a même proposer un plan d’aménagement et des discussions sont entreprises avec la communauté catholique.
Pour les tarifs, les autorités locales étaient intervenues pour leur régulation et une baisse a été observée lorsque les chauffeurs avaient taxé le tronçon pour Mbao à 125 F Cfa et SIPRES à 150 F Cfa. Cependant, il juge que le prix reste toujours élevé.
En ce qui concerne l’aménagement du site pour résoudre les problèmes d’inondation à Mbao, M. Gueye déclare que la mairie a peu de moyens et que c’est la ville de Pikine qui doit initier les grands investissements. Il soutient que les taxes prélevées sont destinées à la mairie de la ville de Pikine et que la mairie de la commune d’arrondissement de Mbao ne doit prélever que les taxes d’occupation de la voie publique .Il constate par ailleurs que les équipements font défauts au niveau du garage et que seul un aménagement adéquat peut aider la mairie à avoir une main mise sur la gestion des clandos. Il a ainsi terminé ses propos en réaffirmant la volonté de la mairie de réduire voire d’éradiquer l’insécurité. L’installation de cantines et de toilettes sont aussi prévues afin de rendre plus accueillant le garage qui est la vitrine de Mbao.
Les clandos sont pour beaucoup de gens le seul moyen de faire des petits trajets à des prix raisonnables. En effet, tout le monde n’a pas assez d'argent pour s'offrir le taxi. Cependant, vu les retombées financières considérables dont les acteurs du garage en tirent profit, une gestion harmonieuse de l’espace est obligatoire pour l’intérêt de tous.
Dossier réalisé par Lamine DIEDHIOU etOusmane MANE